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Najat, arrête ton charre...

14 Mai 2015 , Rédigé par Dominique Jamet Publié dans #A l'école

Najat, arrête ton charre...

Un excellent article de Dominique Jamet, dans boulevard Voltaire, au sujet des nouveaux programmes que la ministre de l'éducation nationale continue de défendre bec et ongles, malgré l'opposition de l'extrême majorité des gens raisonnables du pays, sans distinction d'appartenance politique ::

"Même Jack Lang, qui n’est pas homme à chercher l’affrontement, Jack Lang que ses affinités politiques aussi bien que son tempérament incitent à la prudence, mais qui connaît assez bien la question, n’a pas caché sa désapprobation. « Si l’on veut bâtir », déclarait-il hier dans une interview au Figaro, « pourquoi commencer par casser ce qui marche ? »

C’est le bon sens même.

Mme Najat Vallaud-Belkacem, en qui personne, et pas plus elle-même que quiconque, n’avait décelé une spécialiste de l’Éducation nationale avant que le portefeuille lui en fût confié, a été brusquement immergée dans un milieu aquatique profond standardisé sans avoir appris à nager. Pas étonnant qu’elle patauge.

Il serait injurieux de qualifier de « pseudo-intellectuelle » une personne dont le parcours et le discours n’ont rien d’intellectuel.

C’est sur le zinc du Café du Commerce et de la Démagogie réunis qu’ont été élaborés les textes qui soulèvent une opposition, voire une révolte qui transcende les clivages partisans.

La « réforme » que présente et que défend le ministre temporairement installé rue de Grenelle par le fait du prince est marquée et viciée par une volonté de justice sociale mal entendue.

Mme Belkacem confond le principe collectif de l’égalité des chances qu’il est en effet du devoir de la République de garantir et d’assurer à tous, et la réalité individuelle du mérite qui est fonction des dons, du travail et de la volonté de chacun, et qu’elle a pris pour cible. C’est Mozart et Einstein qu’elle assassine.

Il n’est pas donné à tout enfant d’être le premier de sa classe.

Faut-il en déduire qu’il ne doit plus y avoir de classement ? De belles âmes ne cessent de gémir sur la prétendue faillite d’un système scolaire qui jette chaque année sur le pavé cent cinquante mille enfants sans diplômes. N’en a-t-il pas été, n’en sera-t-il pas toujours ainsi et la solution serait-elle d’abaisser le niveau des diplômes comme on l’a déjà fait pour le baccalauréat ?

Si le redoublement est conçu comme une punition et un traumatisme que l’on ne saurait infliger à ceux qui ne sont pas aptes à passer au niveau supérieur, croit-on leur faire du bien en leur ouvrant d’office l’accès de classes qu’ils seront incapables de suivre ?

À défaut de pouvoir faire efficacement la courte échelle à ceux qui ne sont pas doués pour l’escalade, faut-il taper sur la tête des autres ?

Les performances des meilleurs sont-elles à ce point insupportables et dommageables aux moins bons ?

Il existait, il existe encore des classes bilangues, des classes européennes, il existait, il existe encore des élèves et des professeurs qui maintiennent en vie les humanités, ce fil qui nous relie aux origines de notre civilisation. Est-il indispensable d’achever les langues « mortes » ?

Est-il judicieux, est-il intelligent, au prétexte que les élèves susceptibles d’apprendre l’allemand dès la sixième ne sont qu’une minorité « privilégiée », de les supprimer et d’inscrire dans les programmes à partir de la cinquième l’apprentissage théorique de deux langues étrangères à la totalité des élèves alors qu’une proportion sans cesse accrue de ceux-ci ne maîtrisent déjà pas leur propre langue ?

L’urgence n’allait-elle pas dans le sens inverse des mesures préconisées par l’apprentie sorcière préposée à la démolition des fragiles structures qui permettent encore de dégager une élite ?

Si l’on n’enseigne pas par priorité en France et aux Français, à l’école, au collège, au lycée, leur langue, leur histoire, leur culture, leur passé, où et quand le fera-t-on ?

Le travail, l’effort, rebaptisés « ennui », le bon élève désigné à l’envie démocratique comme un aristo bon pour la lanterne sont-ils les ennemis à proscrire ?

Faut-il faire payer aux meilleurs le prix de leur excellence ?

Faut-il absolument casser ce qui marche encore même si ça ne fait pas mieux marcher ce qui ne marchait déjà pas ?

Couper les têtes qui dépassent n’a jamais fait grandir les nains.

Dominique Jamet

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