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Conseils aux enseignants pour l'intérêt des élèves !

28 Juin 2016 , Rédigé par Jean-Paul Brighelli - Le Point Publié dans #A l'école

Conseils aux enseignants pour l'intérêt des élèves !

Que "Le Point" nous pardonne, et encore une fois monsieur Jean-Paul Brighelli, pour la reproduction intégrale de l'article que Jean-Paul Brighelli a rédigé pour Le Point le 26 juin 2016 ! Mais il nous semble tellement frappé au coin du bon sens...

Le titre ? "Contre la réforme du collège, pour l'intérêt des élèves"

" Que peut le ministère contre les enseignants qui n'obéiraient pas à ses injonctions à la rentrée prochaine ? Rien. La liberté pédagogique ne se négocie pas.

LIRE aussi notre article Réforme du collège : les nouveaux délires des pédagogistes

À tous, je répondrai d'une phrase : Vous êtes libres de vos pratiques pédagogiques, parce que vous êtes seuls à savoir ce dont ont besoin vos élèves.

La preuve par l'absurde et par le passé.

Le vieux débat sur les méthodes de lecture

En 2006, Gilles de Robien, alors ministre de l'Éducation, à qui l'on avait patiemment démontré que la méthode alpha-syllabique est la seule bonne pour apprendre à lire et écrire, tenta de l'imposer à tous les instituteurs de France. Un inspecteur primaire du Nord, Pierre Frackowiak, qui sera l'année suivante le conseiller écouté de Ségolène Royal dans sa course à l'échec, publia sur le Net une animation quelque peu injurieuse intitulée « la Méthode à Ro-ro » (comme Ro-bien), que mon excellente amie Sophie Coignard, qui ces jours-ci a décortiqué avec patience les consignes pondues par le ministère dans le cadre des nouveaux programmes de Mme Vallaud-Belkacem, a résumé dans son Pacte immoral (Albin Michel, 2011) :

« Le ministre [Gilles de Robien] a dû affronter les ricanements de tous les régents de la pédagogie, outrés de voir un non-initié, un rustre à particule, se mêler de la manière dont on doit apprendre à lire aux enfants sous prétexte qu'il est ministre ! Un des chefs de file de cette fronde, inspecteur de l'Éducation nationale, avait même mis en ligne sur Internet une petite animation baptisée « La méthode à Roro », Roro comme Robien bien sûr. Celle-ci caricaturait la démarche syllabique en s'appuyant sur un mauvais humour de cour de récréation façon p.-i.-pi, c.-a.-ca. Une séquence de cette œuvre immortelle a même été diffusée sur France 2 dans une émission de Stéphane Bern, L'Arène de l'info, en présence du ministre en exercice [et dudit inspecteur, Pierre Frackowiak]. Un temps menacé de sanctions disciplinaires pour avoir manqué à son devoir de réserve, le fonctionnaire si créatif s'en est tiré avec un simple blâme. »

L'incident devint une affaire d'État dans le clan des pédagogistes, tout étonnés, depuis quinze ans qu'ils plastronnaient rue de Grenelle, de voir des mauvais coucheurs — en l'occurrence Marc Le Bris et votre serviteur — contester leur prédominance de crétins (et qu'il soit entendu une fois pour toutes que le titre de mon premier essai sur le sujet, la Fabrique du crétin, ne visait pas les élèves mais ce troupeau de grandes incompétences qui moutonnait rue de Grenelle). Et Frackowiak s'en tira sans dommage : l'année suivante, il avait ses entrées rue de Solférino.

Au même moment, un autre obsédé des méthodes idéo-visuelles, Roland Goigoux, qui depuis est revenu sur ses options idéologiques de l'époque (hé, Roland, combien de gosses fichus définitivement par votre faute, entre vos convictions idéologiques des années 2000 et votre repentir présent ?), un temps inquiété par le ministère, est défendu bec et ongles par son syndicat, le SE-UNSA, aujourd'hui le plus ferme soutien de Mme Vallaud-Belkacem, s'en tire rasséréné, comme l'a raconté à l'époque Le Monde, et a pu continuer son œuvre à Clermont-Ferrand.

Au nom de la liberté pédagogique.

La liberté pédagogique ne se négocie pas

Dans sa classe, l'enseignant est seul maître à bord, et aucun ministre ne peut le forcer à pratiquer un programme qui va contre l'intérêt de ses élèves - sans jugement sur l'intérêt global des élèves. Si vous estimez que les programmes de septembre prochain (je reviendrai bientôt sur l'approche par compétences, qui est le fer de lance de la destruction des savoirs) nuit à vos élèves, faites autre chose. Si vous estimez que l'analyse précise de Mallarmé et de Racine leur sera plus utile que la rédaction de tweets à l'adresse de leurs copains/copines, n'hésitez pas : vous êtes couverts. Aucun chef d'établissement ne peut rien vous dire, aucun ministre ne viendra vous taper sur les doigts. Sinon, il est une foule de mauvais coucheurs (80 % des enseignants, aux dernières nouvelles) dont le ministre (et non, on ne dit pas « la » ministre !) se serait déjà occupé. Vous ne risquez rien — sinon d'attendre mai 2017, et un gouvernement qui demandera des comptes à tous ces gens qui depuis trente ans ont démoli l'école — et, plus grave, ont démoli celles et ceux qui y ont usé leurs fonds de culotte.

Alors, faites ce qui est bon pour les élèves, vous n'en serez pas moins payés : « agir en fonctionnaire de l'État », c'est faire ce qui est bon pour les citoyens — et la loi prévoit des sanctions lourdes contre celles et ceux qui vont à l'encontre de l'intérêt national, parce que c'est de la haute trahison. N'utilisez pas les manuels que des éditeurs serviles et intéressés (le ministère débloque 350 millions d'euros pour financer les bouses qu'ils produisent et dont j'ai déjà largement parlé) se sont empressés de faire rédiger à des mercenaires dont nous nous rappellerons le nom. Dans un an, ces gens-là seront une note de bas de page dans l'histoire de l'apocalypse scolaire. Et vous, vous serez toujours là.

Jean-Paul Brighelli".

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