Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Vive la liberté scolaire !

12 Juin 2016 , Rédigé par Camille Bedin, Le Figaro Publié dans #A l'école

Vive la liberté scolaire !

Aujourd'hui nous vous proposons un article de Camille Bedin, paru sur Figaro Vox concernant la décision du ministre de l'Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, de conditionner l'ouverture des futurs établissements hors contrat à une autorisation administrative renforcée, plutôt qu'à un contrôle à postériori.

Camille Bedin (député LR) estime que d'autres solutions sont préférables pour lutter contre le communautarisme tout en préservant la «liberté scolaire».

Camille Bedin est conseillère départementale des Hauts-de-Seine, conseillère municipale de Nanterre et déléguée nationale Les Républicains. Elle est l'auteur de Pourquoi les banlieues sont de droite (Plon, 2012).

"Depuis 1959, la loi "Debré" affirme que "l'Etat proclame et respecte la liberté de l'enseignement et en garantit l'exercice aux établissements privés régulièrement ouverts". Cette disposition régit la place des institutions d'enseignement privé dans notre pays. On sait, et notre pays en a subi les blessures, que la Gauche ne l'a jamais réellement acceptée (il suffit de se souvenir des manifestations de 1984!).

Madame Vallaud-Belkacem le montre à nouveau, en voulant faire contrôler a priori l'ouverture d'établissements indépendants, autrement appelés "hors contrat", dont le succès ne cesse de croître.

La Ministre envisage en effet d'imposer une nouvelle contrainte pour tous les projets d'établissements hors contrat: ils devront désormais passer le filtre d'une autorisation administrative en amont de leur ouverture. En clair, demain, une nouvelle barrière viendra se mettre sur la route de tous ceux qui veulent créer une école - et qui en rencontrent déjà suffisamment. Les familles en seront les victimes immédiates.

Depuis quelques années, on assiste en France (comme dans plusieurs pays voisins) à une dynamique nouvelle: celle de parents qui se réunissent pour créer des établissements nouveaux. Ici, c'est une école Montessori prisée des élites qui se crée ; là c'est le Cours Alexandre Dumas qui est plébiscité dans les quartiers de Montfermeil (93). Ce souffle d'énergie scolaire est l'illustration d'une saine détermination des citoyens à prendre en charge activement l'avenir de leurs enfants, de nos enfants. Il est également le révélateur d'une demande non satisfaite par l'Education nationale, dans son fonctionnement actuel.

Dans ce contexte, se développent aussi des écoles confessionnelles. Elles sont le reflet d'une angoisse face à un environnement extérieur qui fait peur: c'est le cas par exemple des écoles juives, dont on se souvient avec douleur que l'une d'entre elles fut sauvagement attaquée à Toulouse par Mohamed Merah.

Elles marquent aussi la volonté de familles de transmettre leurs valeurs dans le projet éducatif de leurs enfants: dans certains quartiers de nos banlieues, elles sont notamment nées après que le Gouvernement socialiste a suscité une polémique sur la "théorie du genre".

Certaines de ces nouvelles écoles inquiètent, légitimement, nos compatriotes, lorsqu'elles sont perçues comme étant des enclaves d'isolement communautaire et d'affirmation de valeurs qui semblent contraires à la République.

Au moment de la montée et de la visibilité de l'islamisme radical (car c'est bien là que pointent les inquiétudes), ces préoccupations sont normales et elles doivent être un sujet de vigilance et d'action pour le Gouvernement ; Jean-François Copé propose à ce sujet une clarification réelle de la place de la religion dans la République, par l'établissement d'un Code de la laïcité. Ces questions constituent un immense défi pour notre République: savoir allier la liberté de nos citoyens et, en particulier, la liberté de l'enseignement, avec l'exigence de construire une Nation rassemblée autour de valeurs et d'un destin communs. La problématique n'est pas mince et, depuis Renan, on sait qu'elle est sans cesse renouvelée.

Dès lors, un contrôle par l'Etat des établissements privés et de ce qui s'y passe semble incontournable. Dans notre modèle républicain, la coexistence parallèle de communautés agglomérées ne suffit pas ; il y a un besoin de sentiment collectif supplémentaire, transcendant. On ne fait pas de vivre-ensemble sans un socle minimum de valeurs et de savoirs garanti par l'Etat. C'est le sens que doit avoir notre "Education nationale".

Pour cela, il y a deux façons de faire: l'interdit, ou le courage d'imaginer et de mettre en œuvre un nouveau système, qui sache allier liberté scolaire et modèle républicain.

Le choix de l'interdiction et du couperet a été malheureusement fait par la Gauche pour assurer l'uniformisation des écoles en se débarrassant de tout ce qui n'est pas identique au Ministère central. Il s'agit d'une méthode radicale, dans un état d'esprit de surveillance et de contrôle totalitaire sur la liberté des individus et des associations. C'est une généralisation de la défiance à l'égard de ce qui est nouveau, qui mine déjà tant notre société. Dans cette conception, l'Etat choisit la censure à la prise d'initiative. C'est le choix par le bas. C'est celui de la facilité, au lieu d'être celui du courage!

C'est aussi un choix porté par un paradigme idéologique profondément inscrit dans la vision que la Gauche se fait de l'école: elle est un instrument de propagande, pour la théorie du genre, pour l'égalitarisme, pour porter le message qu'elle considère être, à tort ou à raison, le "sens de l'Histoire". Elle n'est pas un moyen de transmettre, mais une organisation destinée à formater. Vincent Peillon ne disait pas autre chose en 2013 lorsqu'il expliquait que l'ambition de la Gauche "consiste à regagner du temps public sur le temps privé", à éduquer les enfants dans la machine publique plutôt que dans le giron familial. Or, l'endoctrinement ne tolère pas la liberté.

Le choix du courage serait plutôt celui de la liberté scolaire, accompagnée en encourageant le développement des initiatives qui marchent. Cette voie, plus dynamique, confiante et positive permettrait de créer une offre scolaire qui obtient des résultats par ses méthodes pédagogiques. Ses succès contribueraient d'ailleurs à ce que des projets de nature communautariste n'aient même plus la demande nécessaire pour voir le jour. Ce choix conduirait à encourager la création d'écoles comme celles d'Espérance Banlieues ou tout autre type d'écoles indépendantes innovantes. Il devrait aussi permettre la création d'annexes ou d'antennes à des établissements des Apprentis d'Auteuil ou de toute autre institution qui a fait ses preuves.

Le développement de ces initiatives passe concrètement par la libération des établissements sous contrat de leur seuil de 20% des élèves. Il passe aussi par l'encouragement financier d'établissements hors contrat qui signeraient une «charte» d'engagements et d'objectifs avec l'Etat, dans lesquels figureraient un certain nombre de principes républicains.

Dans ce système, les contrôles a posteriori seraient évidemment renforcés: il n'existe pas de liberté sans responsabilité. Ils devraient être accompagnés d'évaluations nationales afin de mesurer le niveau des élèves ; leurs résultats agrégés par établissement seraient rendus publics pour que les parents puissent faire leurs choix en toute transparence. Ce dispositif ne pourrait fonctionner que s'il relève d'une agence indépendante du Ministère de l'Education nationale: en situation de quasi-monopole, celui-ci ne peut décemment continuer d'être à la fois juge et partie.

Voilà ce qu'aurait été le vrai courage, Madame Vallaud-Belkacem: celui de faire confiance aux familles et aux enseignants, à la société française qui portent ces projets pédagogiques innovants et sont de plus en plus nombreux, chaque jour, à vouloir en créer."

Camille Bedin

Nous souscrivons entièrement au texte de Camille Bedin. Toutefois il semble qu'au contraire madame le ministre préfèrerait sans doute que, pour notre sécurité, nous n'ayons plus de liberté...

Commenter cet article